LES FOURMIS : Nettoyeuses et bio-indicatrices de nos forêts

Dans le cadre de ma formation dans l’environnement, j’ai écrit ce petit article sur les fourmis.

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Généralité

Classification

Embranchement: Arthropode (Insecte – arachnide – crustacé – scolopendre – etc.)

Classe: Insecte

Ordre: Hyménoptère (abeille – guêpe – sirex – etc. / 230 000 sp. décrites)

Famille: Formicidae (12 000 espèces de fourmis répertoriées)

Anatomie

AnatomieFourmi

Les yeux sont dits composés, comme ceux des mouches ou des libellules. Ils sont constitués de multiples facettes (env. 500 chez la fourmi et jusqu’à 30’000 pour certaines libellules). Ils sont capables de détecter le moindre mouvement très rapidement.

Les ocelles sont des organes sensibles à la lumière. Ils détectent les variations de luminosité. Seuls les individus sexués en possèdent.

Les antennes permettent aux fourmis de communiquer entre elles. Elles sont composées de plusieurs sections, chacune avec une fonction spécifique :

– Détecter l’odeur de son propre nid

– Détecter odeurs d’une autre fourmi

– Retrouver les odeurs qu’elle-même a laissées

– Évaluer les dimensions des charges à porter

Les mandibules servent à broyer la nourriture, à porter des charges et à faire la guerre.

Le thorax contient le cœur.

L’abdomen contient notamment l’estomac et le jabot social, nécessaire pour la trophallaxie. Il est parfois pourvu d’un aiguillon.

Les pattes : au nombre de 6, comme TOUS les insectes.

→ Nous partageons près d’un tiers d’ADN identiques avec les fourmis.

Comportement et moeurs

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Une fois par année, des mâles et des femelles naissent et s’envolent de leur colonie. Les mâles tentent alors de féconder une femelle. Cette dernière, devenue reine, s’arrache alors les ailes et s’enterre. Elle mangera ses premiers œufs afin d’avoir assez de force pour en pondre à nouveau davantage, et ainsi de suite. Cette autarcie peut durer plus d’une année. Les premières ouvrières nées iront chercher à manger pour leur reine. La colonie est en marche.

À la différence des abeilles, une colonie dépend 100% de sa reine. S’il arrive quelque chose à Sa Majesté, c’est tout le peuple qui trépasse.

Certaines espèces tolèrent plusieurs reines, appelée « gynes », d’autres, plus rares, n’en possèdent pas. En Suisse, nous hébergeons que des espèces « monogynes ».

La plupart des espèces possèdent différentes castes d’ouvrière. On parle alors de minor, media et major, à chacune leurs rôle et tâche. Ces dernières peuvent être ce qu’on appelle des soldats.

La plupart des fourmis, comme les abeilles, possèdent deux estomacs: l’un pour digérer sa propre nourriture, l’autre pour en offrir à ces congénères, c’est ce que l’on nomme la trophallaxie.

Certaines espèces projettent de l’acide formique, d’autres mordent ou encore piquent. La piqure d’une espèce australienne est réputée extrêmement douloureuse, plus encore que celle d’une guêpe. Dans certains cas de piqures multiples, elle peut entrainer la mort. La « fourmi de feu », originaire d’Amérique du Sud, n’hésite pas à s’attaquer aux poules, et même aux veaux nouveau-nés qui auraient tardé à se mettre debout.

Quelques chiffres

La masse de toutes les fourmis sur Terre égale, voire dépasse celle de l’humanité.

La Suisse compte plus d’une centaine d’espèces de fourmis.

Une reine Liasus niger (espèce commune en Europe) a vécu plus de 28 ans en laboratoire.

La plus grande fourmilière au monde, une « supercolonie », se trouve au Japon. Elle compte 45 000 nids, abritant 306 Mio d’ouvrières et plus de 1 Mio de reines et s’étend sur 12,5 Mio de m2.

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Rôles

– Nettoyer le sol

– Aérer, labourer le sol

– Protéger certains arbres et fruits de parasites

– Participer à la dispersion des graines

– Limiter les pullulations de ravageurs forestiers telles que les chenilles processionnaires du pin ou de la tordeuse verte du chêne

– Éliminer et recycler les cadavres (90% des cadavres d’insectes dans la nature finissent dans des fourmilières, avant d’être recyclés dans le sol)

→ Les arthropodes représentent environ 40 % de l’alimentation d’une colonie moyenne, soit 100 g à 1 kg par jour (2 000 à 10 000 insectes).

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Bio-indicateur

Fourmis

On cite habituellement les oiseaux, les batraciens, les reptiles, les libellules, les papillons, les trichoptères, ou encore les lichens comme bio-indicateurs habituels, plutôt que les fourmis. Les raisons sont multiples : identification difficile, peu d’attrait du grand public, petite taille, travail à la loupe et matériel d’étude couteux.

Pourtant, les fourmis nous renseignent sur certains impacts anthropiques sur l’environnement, car elles sont très sensibles aux changements de leur écosystème.

Les fourmis rousses

Il s’agit certainement de la plus connue de nos fourmis. Son nom latin est Formica rufa. Elle construit de magnifiques dômes d’aiguilles de conifère. Espèce menacée, elle fait partie des 8 espèces de fourmis protégées en Suisse.

Les fourmis rousses sont très sensibles aux changements de leur écosystème. Elles peuvent rapidement disparaître d’une zone ou déménager dans un milieu plus approprié. Les raisons en sont:

– Mauvaise gestion forestière (surexploitation, aménagement de nouvelles dessertes, etc.)

– Intensification de l’agriculture, usage de pesticides, fauchage de talus

– Agressions directes répétées par l’Homme (passages intensifs, dérangements par des véhicules, vandalisme, pillage des œufs pour nourrir les animaux domestiques)

— Faune se nourrissant de fourmis (pic, blaireau, sanglier)

– Pollutions diverses

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Riederalp, Valais

Ondes électromagnétiques

Les fourmis sont capables de nous montrer l’impact des radiations de la téléphonie sur les êtres vivants. Lors de radiations par ondes électromagnétiques, les fourmis répondent très mal à leurs propres phéromones d’alarme, de piste et de marquage. Elles ne savent plus se déplacer et communiquer, perdent leurs repères, ne savent plus se nourrir. Toute la colonie meurt. Des observations similaires ont été faites avec les abeilles.

« Si nous plaçons un téléphone mobile dans une ruche, c’est un véritable cataclysme, plus rien ne fonctionne! Ça agit sur les drosophiles, sur le développement embryonnaire, sur les amphibiens, sur les oiseaux, sur les rats, sur tout. Et donc également sur les êtres humains. » (M.-C. Cammaerts-Tricot).

Phtalates

Les phtalates, ces microparticules issues des plastiques, semblent être présents absolument partout. Ils viennent entre autres des cosmétiques, peintures, jouets, etc. Les problèmes qu’ils engendrent sont multiples. Il est désormais prouvé qu’ils sont des perturbateurs endocriniens. Chez l’Être humain, ils sont présumés toxiques pour nos appareils reproducteurs (anomalies pubertaires, maladies des testicules et des ovaires, obésité).

Une étude portant sur les fourmis montre que celles-ci absorbent les phtalates atmosphériques. On a démontré que même dans les endroits les plus éloignés de toute activité humaine, celles-ci sont largement imprégnées de cette pollution. À l’heure actuelle, on ne connaît pas bien les répercussions que cela peut avoir sur leurs organismes.

Sources

 

Dernières modifications: 29.01.16