Mille-pattes

↑ Thyropygus sp.

Des iules !

Voici une fiche concernant l’élevage des mille-pattes. Vous trouverez tout d’abord quelques généralités, puis la liste des milles-pattes que je maintiens ou que j’ai maintenus, avec une petite description et leurs conditions de maintien de façon très succincte, ainsi qu’à chaque fois, quelques spécificités que j’ai pu observer.

Moeurs

Il faut savoir que les iules sont des animaux timides. Ils se mettent en boule, ou semble cacher leur visage lorsqu’on les dérange. Ils ne sont pas spécialement fragiles, mais bien entendu, il faut les manipuler avec précaution et surtout ne pas les laisser tomber. J’avais lu je ne sais plus où il y a une dizaine d’années que leur système nerveux était fragile et de ce fait une chute leur serait facilement fatale. Aussi, évitez aussi les changements brutales d’atmosphère.

La plupart des espèce s’enterrent la journée et remontent à la surface une fois la nuit tombée pour becqueter. On peut les observer à ce moment là.

Les iules muent : ils gagnent des segments, et donc des pattes, en grandissant. Il y a 4 pattes par segments. Chaque mue représente un gain de 4 pattes ! Cool, non?

N’allez pas déloger une bête enterrée: il se peut qu’elle est en train de préparer sa mue. Il ne faut alors absolument pas les embêter: foutez-leur la paix. Il est important de préciser que cela peut durer plusieurs semaines, voire plus d’un mois.

↑ Telodeinopus aoutii en pleine mue ! On voit bien l’ancienne peau qui s’est décollée. Elle finira par être mangée.

 

Les iules ne sont pas agressif. Cependant, certaines espèces sont connues pour sécréter un poison qui peut être irritant ! Je me dis qu’il est possible que toutes les espèces soient capable de faire de même, mais sont moins enclin à se défendre ainsi, et préfèrent se mettre simplement en boule. J’ai lu un article sur un forum anglophone où un éleveur explique la mésaventure suivante: « So, I was checking on my Tonkinbolus dollfusi, pick one up, and it sprays « poisonous liquid secretions or hydrogen cyanide » (according to wikipedia) into my face. Just spent the last half an hour rinsing my eyes and my mouth. My lips are like twice the size they should be, I can’t see out of my right eye and both my eyes are swollen and watery, and my face is stained yellowish/purple. This burns so so bad, I hope my vision comes back. Touché tiny millipede, touché. Millipede: 1, Me: 0″ (Stickytoes, http://www.reptileforums.co.uk/). Quoiqu’il en soit, cette défense acide semble être utilisée que rarement, et dans la plupart des cas, elle ne laisse qu’une tache rouge-orange sur la peau qui s’estompe rapidement. Apparement, il arrive que certaines personnes – les anglais 🙂 peut-être – soient allergiques et fassent des réactions plus importantes, comme le malheureux relatant son expérience ci-dessus. Personnellement, il m’est arrivé d’avoir de petites tâches oranges quelques fois sur les mains, similaire à de l’henné, accompagné d’une odeur de vinaigre. Seule une fois cela a piqué… je m’étais blessé au doigt auparavant.

Nourriture

Généralités

Pour ce qui est de la nourriture, je pense que certaines espèces ont leurs préférences, mais de manière générale, on peut dire qu’ils mangent tous:

> feuilles, humus, bois mort – pour ne pas dire pourri -, légumes, fruits, champignons, mousse, lichen, et un apport de calcaire (cf ci-dessous).

> Ils n’ont pas besoin de point d’eau tel qu’une écuelle. L’humidité du substrat leu suffit.

Calcaire

Les iules, tous comme les cloportes et les escargots, on besoin d’un apport en calcaire. Pour ces derniers, c’est compréhensible : leur coquille est faite de calcaire, justement. Par contre, les arthropodes ont un squelette externe composé de chitine, comme nos cheveux et nos ongles. Alors pourquoi ont-ils besoin de calcaire ? Il faudra que je fasse une petite recherche car je n’ai pas la réponse.

Il y a différentes façons de combler leur besoin en calcaire. Personnellement, je garde les coquilles d’oeufs, je les nettoie, les sèche et les réduis en poudre dans un mortier. Et vous savez quoi !? C’est hyper satisfaisant à faire ! Donc, on peut leur apporter du calcium de plusieurs façons :

> Coquilles d’oeufs, idéalement en poudre pour saupoudrer leur légumes.

> Os de sèche (appelé aussi os de sépias). On en trouve facilement en animalerie, rayon oiseaux ! Cela existe aussi déjà concassé.

> Compléments alimentaires contenant du calcaire pour reptiles (tortues).

> Poudre de « pierre du Jura », ou « pierre calcaire ». Au passage j’ai installé des cailloux de ce type à mes escargots. Et oui, leur langue est capable de racler la pierre apparement !

> Chaux alimentaire (personnellement jamais utilisée).

 

Maintenance

Terrarium

Ce sont des animaux très propres au final, de vrai aspirateur. Ils nettoient leur terra: les feuilles mortes, toute nourriture apportée, les éventuelles moisissures ou autres mousses : tout est transformé en caca, ou en terre si vous préférez. Il n’y a donc pas de mauvaise odeur qui émanent de leur habitat. Par contre, c’est vrai qu’il arrive que ce type d’installation pour arthropodes plait également beaucoup aux drosophiles… surtout quand il fait chaud. Il n’est pas rare que leur terrarium héberge non pas que des mille-pattes, mais aussi une armée de mini-mouches qui s’empressera de virevolter vers vos narines juste pour chicaner. Il parait que le fait d’avoir quelques cloportes en colocation avec les iules limite la prolifération de larves de mouches.

↑ Thyropygus sp.

Substrat

C’est là que tout se joue ! Perso, j’ai pas mal de matériel sous la main. Je fais tout un micmac de couches pour mes invertébrés, tous les terras ne sont pas constitué forcément exactement avec les même matériaux. J’utilise:

1. Quelque gravier avec certaine fois un peu de sable (pour chinchilla)

2. Idéalement, un petit peu de granules de charbon actif (utilisés pour les pompes des aquariums). Il parait que cela enlève les odeurs et garde l’eau, qui pourrait légèrement stagner au fond, propre.

3. De la sphaigne pour capter l’humidité.

4.  Du bois mort, plus ou moins pourri. On trouve dans certaines animaleries un produit que je trouve bien, élaboré par The Pet Factory : le Beetlefix 2 

5. Depuis peu, j’utilise aussi le fameux « Black soil » qui est vendu par pocerias.ch : de la sciure de bois (feuillus) fermenté et stabilisé qui en fait un substrat très riche en matière organique. Attention ≠ black soil de jardinerie.

6. Une couche de feuilles mortes, idéalement de chêne. Là aussi: il y a le Beetlefix 1 qui fait bien le taf !

7. On peut rajouter de l’os de sèche et de la poudre d’oeuf.

8. De la mousse ramassée en forêt.

9. Des banches sèches couvertes de mousse et de lichen

10. Ce que vous voudrez comme autre déco sympa plus ou moins naturel.

> Evitez à tout prix de ramasser quoi que ce soit trop près d’un champ ou autres activités humaines ! La terre peut être polluée, notamment par des pesticides, ce qui risque d’être fatal pour vos bestioles.

> Au final la couche de substrat doit au moins avoir l’épaisseur de la longueur de votre bestiole !

 

Humidité

Le substrat doit toujours être humide. Vaporisez, ou versez un peu d’eau directement sur le substrat régulièrement. Attention tout de même à ce que le substrat ne ressemble pas à de le boue ! Les iules meurent si ils sont immergés dans l’eau. Pour éviter un surplus d’eau problématique, je préconise de déposer une couche du gravier au fond du terra. Ainsi, visuellement on arrive bien à voir si le fond et mouillé; de plus, le terra reste bien pourvu d’eau, sans détremper le substrat.

 

Quelques espèces

 

Anadenobolus monilicornis

Description : Annelé jaune et noir

Origine : Caraïbe, Amérique central

Taille : 50mm

Humidité : 70 à 80%

Info du net et première impression : Idéale pour débuter ! Espèce est considérée comme envahissante = facile

Particularité : Jaune et noir ET avec des pattes rouges !

Expérience personnelle : J’ai acquis 5 individus. Ceux-ci se sont reproduit, et j’ai eu plein de larves d’iules toutes blanches… C’était ma première repro de iules !

 

Archispirostreptus gigas

Description rapide : Le géant des géants ! Espèce très massive. Plusieurs couleurs semblent exister; peut-être différent selon les localités? On trouve des individus entièrement noirs, ou noirs avec avec de belles pattes rouges, ou encore annelés de brun chocolat et de roux cuivré.

Origine : Tanzanie et Kenya

Taille : Gigantesque, ici on va mettre de coté les millimètres et parler en centimètre ! il n’est pas rare qu’un individu adulte atteigne 30cm.

Humidité : 70 à 80%

Info du net : Maintien facile, reproduction difficile parait-il. Sans doute l’une des espèces la plus célèbre et la plus recherchée en terrariophilie. Disponibilité? De plus en plus rare… Cela soulève la question du NC ou WC… Comprendre par là « né en captivité » ou « prélevé dans la nature »(wild caught).

Particularité(s) : C’est le plus grand mille-pattes du monde ! Contrairement à beaucoup d’autres, il ne se met pratiquement jamais en boule. Par contre, il marche souvent la tête en bas, probablement pour fuir la lumière.

Expérience personnelle : Les gigas sont de vrais morfales : ça rentre d’un côté et ça sort direct par derrière ! Ils dégomment absolument toute la nourriture à une vitesse folle. En plus de leur appétit de géant, ils sont super rapides dans leurs déplacements. C’est un spectacle permanent ↓

 

 

 

↑ Iule adulte de l’espèce Anadenobolus monilicornis avec le bébé ! A chaque mue, ce mini machin blanc va gagner 4 pattes. Il va en falloir du temps pour qu’il atteigne l’âge adulte et ses belles couleurs.

 

Benoitolus sp khao sok

Description : Orange et noir

Origine : Thailand

Taille : 60mm

Humidité : Tropical humide

Info du net et première impression : Selon ce que l’on trouve sur le net: « élevage moyen à facile ».

Particularité : Fluorescent sous la lumière UV ! Ça c’est trop cool !

Expérience personnelle : Ils se sont très vite reproduit chez moi. Admirer plein de vermicelles luminescents, je ne m’en lasse pas !

 

Centrobolus sp Mozambic

Description rapide : Rouge, la tête et les pattes sont noires. Ils sont plutôt trapus.

Origine : Afrique du Sud

Taille : 85mm

Humidité : 75-85%

Info du net :  « Elevage simple ».

Particularité : Etre rouge et être mignon !

Expérience personnelle : Espèce qui évolue plutôt à la surface, ne s’enterre que rarement à comparer aux autres espèces, donc cool à manipuler et a montrer aux invités !

 

Centrobolus splendidus

Description rapide : Rouge tête rouge

Origine : Afrique du Sud

Taille : 85mm

Humidité : 75-85%

Info du net : « Elevage simple ».

Particularité : Entièrement rouge

Expérience personnelle : Je n’ai eu qu’un individu peu de temps; il est mort rapidement ou je l’ai peut-être perdu, j’avoue.

 

Mardonius parilis acuticonus

Description : Un gros iule d’un brun très foncé voire plutôt noir mat. Plutôt terrestre.

Origine : Cameroun, Togo, Ghana

Taille : Grand et robuste, pouvant atteindre 20 à 24cm !

Humidité : Tropical humide :75 à 85% (milieu tropical humide)

Info du net : « Élevage moyen ». Demande un substrat bien riche pour s’épanouir.

Expérience personnelle : Très timides ! Au moindre stress ou dès qu’on les approche, ou qu’ils sentent notre souffle, ils se mettent instantanément en boule pour se protéger.

Particularité(s) : Sa taille impressionnante à l’âge adulte en font une vraie force tranquille. Bonus secret : ils réagissent à la lumière UV en révélant une lueur vert foncé, plus subtile que chez d’autres espèces mais bien visible !

 

 

Spirobellus sp.maui ↓

Description rapide : Petit, noir ligné de  blanche, fluorescent sous lumière UV

Origine : Hawaï

Taille : petit, 35mm

Humidité : Pas trop humide selon les infos trouvées sur le net

Particularités : bein… comme dit: Noir ligné de blanc ET fluorescent under UV light ! Glow in the dark quoi ! C’est ouf ! Ça vous suffit pas !?

Expérience personnelle : J’ai eu 2 individus pendant près d’une année, dans une simple boîte en plastique de type boîtes pour grillons. Espèce vraiment petites, ne semblent pas très voraces, mais plutôt très placides. Peut-être avec une augmentation de la température… ils seraient plus actifs, je ne sais pas. En tout cas vraiment sympas le fait qu’ils deviennent fluorescents sour la lumière UV. Ma fille a un feutre-lampe de poche UV, avec de l’encre qui réagit au UV. Du coup, je le lui ai piqué pour observer mes monstres. Ce spectacle est toujours un plaisir.

 

Spirobolus caudulanus

 

Description rapide : Annelé gris-noir-rouge, pattes rouges

Origine : Thaïlande, Vietnam

Taille : 130mm

Humidité : 65-75 % ,

Particularité(s) : Appelés « rainbow milliped » en anglais; c’est vrai qu’ils ont de quoi se la péter avec leur couleurs.

Expérience personnelle : Je les trouve vraiment mignons avec leurs yeux noirs se démarquent bien de leur tête gris-clair. J’ai observé que les individus âgés ont leur couleur qui ont terni. J’ai reproduit cette espèce sans difficulté.

 

Spirostreptus sp Tanzania

Description rapide :  Annelé brun olive

Origine : Tanzanie

Taille : 150mm

Humidité : 60-80%

Info du net : « Elevage simple ».

Particularité(s) : Heu…? d’être « moyen »; taille moyenne, très peu coloré, voilà…

Expérience personnelle : Rois de l’évasion. Ils ont mangé le treillis en tissus de leur cuve à plusieurs reprises et se sont évadés. Ils trouveront très rapidement la moindre faille de votre installation.

 

Telodeinopus aoutii

Description rapide : Grand, brun à olive, pattes rayées

Origine : Afrique central

Taille : Grand, 160 à 200mm

Humidité : 80%

Info du net : « Elevage facile », 70 à 100 œufs par pontes !

Particularité(s) : Les pattes sont rayées et je trouve que c’est une espèce très arboricole par rapport à d’autre.

Expérience personnelle : Chouette espèce à élever, quoique j’ai eu pas mal d’individu qui sont mort peu de temps après les avoir acheté. Ce qui les rend chouette comme je dit, c’est leur taille, et les fait qu’ils sortent très régulièrement et aiment grimper : ils sont donc faciles à observer, à attraper et à manipuler. Je conseille comme première espèce. Et j’adore leurs pattes rayées qui remuent et ondulent.

J’ai acquis un individu juvénile, voire adulte, il y a plusieurs années de cela, et il est toujours en vie ! il dit bien avoir 5 ans j’imagine. Il partage son terrarium avec Pleurodonte excellens.

 

Thyropygus sp.

Description rapide : Immense, annelé noir mat, noir brillant

Origine : Thailand

Taille : très grand, 300mm

Humidité : Bien humide

Info du net : Elevage difficile à moyenne

Expérience personnelle : Bestiole incroyable qui a même un prénom chez moi: Grogros ! Peut d’animaux jouissent d’une telle distinction dans mon petit zoo… Il ne sa cache jamais, est quasi toujours en balade, sur une branche ou au plafond. Tout le monde l’ador…ait ! Il est mort de sa belle mort, s’est éteint doucement. Seuls les sages mystiques ont eu connaissance de son âge avancé.

 

Topochetus dollfusi

Description rapide : Annelé gris-noir, avec une ligne rouge, les pattes sont rouges également.

Origine : Vietnam, Thailand, Cambodge, Laos

Taille : 120mm

Humidité : 80-90 %

Particularité(s) : Très colorés, ils sont appelés « rainbow milliped« , tout comme Spirobolus caudulanus. Les deux espèces se ressemblent d’ailleurs beaucoup.

Expérience personnelle : C’est la première espèce que j’ai maintenue, il y a plus de dix ans de cela. Une fiche leur est consacrée >>ici<<.

 

Xenobolus carnifex

Description : Noir avec une ligne rouge

Origine : Inde, Sri Lanka

Taille : 65mm

Humidité : très humide

Info du net et première impression : Je pense facile car l’espèce est considérée comme envahissante.

Particularité(s) : Apparement, ils se nourrissent volontiers de charognes. C’est-à-dire que dans la nature, on le retrouve dans des animaux morts !

Expérience personnelle : J’ai maintenu deux individus quelque temps. Malheureusement, ils sont morts au bout de quelques mois. J’en ignore la raison. Pas sûr que l’élevage de cette espèce soit si facile que ça.

 

Bonus

UV et bioluminescence

Nous l’avons vu précédemment, certaines espèces de iules apparaissent lumineuses sous la lumière d’une lampe UV. D’autres mille-pattes fluo vont plus loin… et ils n’ont absolument besoin de rien ni personne pour briller ! Ils sont bioluminescents. En Californie, les myriapodes du genre Motyxia sp. produisent leur propre lumière chimique et scintillent constamment d’une lueur verdâtre dans le noir complet. C’est un message : « – Ne me mange pas, je suis toxique ! « . Un spectacle de science-fiction qu’on adorerait avoir chez soi, mais cette espèce est malheureusement impossible à maintenir en élevage. Ils ne supportent guère les transports et s’intoxiquent avec leurs propres émanations de cyanure lorsqu’ils sont cloisonnés.

 

Vidéo bonus

Mille-patte – non identifié – rencontré en Crête ! Avec en bonus de bonus, un papillon ! Un Lasiommata megera apparamment.

Remerciements

Merci à Virginie Duc pour son don: un cageot rempli de iules et de cloportes de tout genre, que ma fille de 8 ans à l’époque a pris plaisir à trier. Je lui ai fourni des gobelets plastiques et une longue cuillère à dessert : « -Trie les par couleur, s’il te plait ma puce ! ». 

 

Animaux, photos : lilo gentilcopain

Dernière mise à jour: 09.09.2026